La transition énergétique en France

Publié le 6 février 2025 - Mis à jour le 7 février 2025

Comment réussir la transition énergétique en France ? (1/2)

La transition énergétique est un processus global de transformation des systèmes actuels de production en des modèles plus durables. Elle doit ainsi permettre de décarboner l’économie française et atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 si l’on se fie à la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC).
D’après l’étude « Futurs énergétiques 2050 » de RTE, la réussite de cet objectif exige un développement significatif des énergies renouvelables, couplée à une politique globale de sobriété. Tous les acteurs de la société sont concernés par les actions à mener et les conséquences de ces scénarios futurs.

Atteindre la souveraineté énergétique

La France est le deuxième producteur européen de biomasse, d’hydroélectricité, de déchets renouvelables et de géothermie. Le bois-énergie et l’hydraulique sont les filières les plus développées tandis que l’éolien et le solaire connaissent les plus fortes croissances. En 2023, le parc photovoltaïque métropolitain a progressé de 19,7 % (avec 3 137 MW raccordés) contre 5,9 % pour l’éolien (soit une puissance totale de 21 815 MW).

 

Le déploiement à grande échelle des énergies renouvelables induit une massification de leur production. Or, la France, et plus généralement l’Union Européenne dépendent de technologies étrangères. Face à la concurrence des panneaux solaires chinois vendus à bas prix (90 % de la fabrication des panneaux solaires), les usines européennes ferment les unes après les autres. En France, de très rares entreprises telles que Voltec Solar ou Photowatt (groupe EDF) maintiennent leur activité de production de panneaux solaires français.
Outre la dépendance à des pays dont les relations ne sont pas toujours au beau fixe, ces importations aggravent la balance commerciale française déjà déficitaire à hauteur de – 40 milliards d’euros au premier semestre 2024.

Ce constat alarmant mène la France à soutenir des projets de giga-usine de production de panneaux solaires. Pour un investissement de 1,7 milliard d’euros sur quatre ans, dont 4 millions de l’Etat français et 40 millions de l’Europe, la start-up Carbon ouvrira ses portes en 2030 à Fos-sur-mer. Quelques années après son lancement prévu pour 2026, elle devrait atteindre un rythme de croisière de 30 GW de plaquettes, 20 GW de cellules et 15 GW de modules photovoltaïques. Cette initiative ambitieuse devrait générer environ 3 000 emplois directs et ce, en tenant compte d’une automatisation de certaines tâches répétitives.

Ce type de projet à grande échelle contribuera ainsi à la souveraineté énergétique de la France. Bien entendu, toute souveraineté est relative car plus un produit est technologiquement complexe, plus il dépend d’éléments et d’outils de fabrication conçus dans différents pays.
A l’heure de la mondialisation et face à un progrès technologique exponentiel, le savoir-faire n’a jamais été autant dispersé dans le monde.

La sobriété, pilier de la transition énergétique

La sobriété énergétique consiste à optimiser la consommation d’énergie et à adopter des pratiques plus économes que ce soit au niveau individuel, collectif ou structurel. Cette démarche questionne nos modes de vie actuels et demande leur adaptation. L’étude «Transitions 2050 » réalisée par l’ADEME précise que la sobriété énergétique est le meilleur moyen d’aller plus rapidement vers la neutralité carbone tout en réduisant notre dépendance aux énergies fossiles.

Parmi les pistes d’actions, nous retrouvons la sobriété individuelle. Elle induit des changements de comportements (éco-gestes) de la part de chacun. Cette notion englobe :

  • la sobriété d’usage (déplacement en vélo, commerces de proximité)
  • la sobriété coopérative ou fonctionnelle (location ou partage de matériel que l’on utilise rarement…)
  • la sobriété dimensionnelle, ce qui revient à adapter les équipements aux besoins (ex : un SUV est-il indispensable en ville ?).

 

Il existe également la sobriété collective ou « organisationnelle » qui dépend des pouvoirs publics. Des mesures incitatives ou coercitives peuvent inciter les citoyens à changer leurs usages (limitation de l’étalement urbain, taxer les plus gros véhicules en ville…) et transformer la société à grande échelle. L’état peut jouer un rôle crucial dans le développement d’infrastructures de sobriété (renforcement des structures ferroviaires, subvention aux industries qui créent des produits durables, éco-conçus, réparables ou encore recyclables…).

Pour aboutir, cette sobriété organisationnelle nécessite un travail de planification dont seul l’état dispose des ressources et des pouvoirs suffisants. Sur le terrain, les acteurs privés peuvent jouer un rôle d’autant plus important qu’ils bénéficieront d’un cadre favorable. A titre d’exemple, les entreprises du BTP pourraient développer l’économie circulaire (tel que le réemploi de matériaux présents sur site). Les associations agissent également directement sur le terrain à différentes échelles. A titre d’exemple la Bois’cyclerie (projet soutenu par la Fondation Alpes Contrôles) récupère du bois destiné à la benne, le retravaille puis, fournit des particuliers et des professionnels.

Une politique industrielle ambitieuse demeure indispensable pour atteindre la souveraineté énergétique. Ses bénéfices ne seront pas seulement politiques puisque les territoires d’implantation bénéficieront d’avantages économiques et sociaux.

Néanmoins, le cœur de la transition énergétique demeure dans la sobriété. Son succès dépend à la fois des efforts individuels et collectifs ainsi que de l’efficacité de leur coordination. Son application conduira nécessairement à une transformation des modes de vie qu’il est préférable d’anticiper plutôt que de s’y résoudre à la hâte et sous la contrainte.