2 janvier 2019

Le LIEN, sortir de l’exclusion en travaillant la terre ensemble

 

 

 

Statut: Association – Date de création : 1993 – Domaine d’activité : Réinsertion par le maraîchage biologique et les chantiers paysages  – Type de projet : Échanges, Solidarité, Pédagogie – Localisation : Haute -Savoie –  Aide allouée : 8 000 € – usage : achat et installation d’un entrepôt frigorifique

 

 

Le LIEN (Léman Initiative Emploi Nature) est un de ces acronymes dont la phonétique rejoint le propos. Cette association créée il y a 25 ans permet aux personnes en situation d’exclusion de se reconnecter à l’emploi et à son prochain, via le maraîchage et les chantiers paysage. Le LIEN a beaucoup mué : déménagements, transformations, redimensionnements… Un véritable organisme vivant, tout près du Léman.

 

Du pro, du bio et du local

Avec neuf salariés à temps partiel accompagnés d’un chef de cultures

(Adrien Coyaut) et d’un assistant de

Adrien Coyaut, Chef de cultures

cultures, tous deux en CDI, l’activité maraîchage du LIEN fournit en légumes 213 adhérents, une école, deux collèges et un lycée de la région, le Sodexo de Thonon et le restaurant François Premier au Château de Coudré. La chef de ce dernier, Marina Réale, très sensible à la dimension sociale de la structure, s’investit pour développer leur partenariat. « C’est très valorisant pour nos salariés, témoigne Céline Cogneaux, la directrice. Nous souhaiterions démarcher quelques autres restaurants et créer un lieu dédié aux petits légumes ». Actuellement en conversion biologique, le maraîchage, mené en agro-écologie et permaculture sur un ancien terrain vague, s’affirme, s’affine et se raffine.

 

 

Contagieuse solidarité

Lorsqu’en 2014, la directrice du LIEN avait cherché un lieu plus propice pour sa structure, elle avait eu la chance de rencontrer la famille Gand, dont la matriarche du clan, familièrement appelée la « Mère Gand » réalisera l’aménagement intérieur et la coque de cet ancien poulailler. Puis, quand Céline Cogneaux contacta les divers propriétaires des terrains alentours pour que les salariés en insertion puissent les cultiver, tous furent d’accord. Aujourd’hui, le LIEN loue ses locaux et ses 1,5 ha de terrains pour un peu plus de 1000 euros annuels.

 

Système S et système D

Lorsqu’enfin, toujours inspirée, la directrice eut l’idée de récupérer aux enchères deux chalets pour exposer les légumes et accueillir les clients du marché (chaque mercredi et jeudi de 13 à 16h), la mairie de Sciez dépêcha ses équipes pour raccorder l’électricité puis dépanner une fuite d’eau. Lien rime avec soutien. C’est grâce à divers soutiens que le LIEN a pu grandir : aujourd’hui la dimension du lieu et la taille des bâtiments impressionnent. Les abords sont aussi avenants.

 

 

Les chantiers paysagers

Le LIEN, c’est aussi une structure employant 17 salariés en insertion et qui fonctionne comme une entreprise, établit des devis ou répond aux appels d’offre sur les chantiers rivière et paysage de la région. Un travail de qualité et un entrepôt de matériel parfaitement ordonné : classés par type, les outils sont rangés sous leur photo, ce qui permet aux nouveaux venus de s’y retrouver. (L’alignement au cordeau des tondeuses à gazon a même de quoi interpeler !)

 

Sens de l’équipe

En plus du chef des cultures et de son assistant, l’association emploie un formateur en prévention des risques, une comptable (mémoire vive de l’association), une psychologue à mi-temps, une conseillère en insertion professionnelle, une directrice et des encadrants techniques. Le CA est composé de retraités ayant eu des postes à responsabilité, qui mettent leurs compétences au service de la structure. « On fait un boulot difficile, le respect des collaborateurs est important. Je suis attentive à la cohésion d’équipe et ai besoin du retour régulier de chacun » explique Céline Cogneaux.

 

Céline Cogneaux, directrice du lien

Remettre en confiance

Lorsqu’elle a pris la tête de la structure en 2010, l’actuelle directrice connaissait bien le LIEN pour y avoir tenu la comptabilité depuis 1999. Avec l’appui du directeur précédent, la jeune femme a remis à plat tout le fonctionnement de l’association : « Le public d’insertion a souvent été victime d’injustices, il faut donc être exemplaires et bienveillants (…) Les salariés sont des acteurs majeurs, ce sont eux qui produisent. Il faut leur donner la parole. Le collectif est très important ».

 

Vivre quand on fait du bio local et du social   

Le budget du LIEN s’élève à 1,2 millions d’euros par an, dont 70% proviennent de subventions : « Le LIEN est le parent pauvre du Chablais depuis la « Grande Région ». En revanche le département Haute-Savoie met de vrais moyens avec une volonté réelle d’aider l’insertion (…) Le chablais est un peu une réserve d’Indiens… Une seule structure en Insertion ne peut pas tout ! ». Le Fond Social Européen, qui donne puis reprend suivant le bilan annuel de la structure, est un partenaire délicat.

 

 

Mutualiser pour exister

 

Avec Agire 74https://www.agire74.fr/ (Action de Gestion et d’Ingénierie pour le Retour vers l’Emploi), le LIEN a acheté une base de données qui eut été trop onéreuse pour chaque structure isolément. Globalement, le LIEN, comme d’autres associations, cherche d’autres chantiers d’insertion afin de mutualiser leurs moyens.

 

De bonnes volontés démunies s’unissant pour vivre (ou survivre) : telle sera doute la meilleure des parades face aux coupes claires des subventions, durement ressenties par les associations de terrains, biologiques et solidaires, en région Auvergne Rhône-Alpes.