Rencontre avec l’association Géothermie Citoyenne

Publié le 11 août 2026

Objet des financements : Le projet vise à alimenter jusqu’à 250 logements en chaleur (et éventuellement rafraîchissement), avec une réduction potentielle de 80% de l’empreinte carbone des bâtiments raccordés.

Montant du financement initial : 9 000 €

Montant de la dotation « coup de cœur » : 1 800 €

 

Pouvez-vous nous présenter l’association Géothermie Citoyenne ?

 

L’association Géothermie Citoyenne est née en septembre 2025 avec pour ambition de transposer le modèle des coopératives d’énergie citoyenne connues notamment dans le solaire et l’éolien à une source d’énergie renouvelable peu connue : la géothermie.

Concrètement, il s’agit de faire émerger et co-construire avec les habitants de petits réseaux de chaleur, et éventuellement de froid, alimentés par géothermie « de surface » (moins de 200m de profondeur pour les forages). L’enjeu est que les habitants puissent reprendre la maîtrise de leur chauffage et de leur rafraichissement via une infrastructure locale gérée collectivement.

L’association regroupe des professionnels de l’énergie au côté d’habitants de Strasbourg, dont notamment la société d’énergie citoyenne locale « Les Brasseurs d’Energies » déjà engagée dans des projets solaire, représentant environ 115 citoyens.

L’association porte les missions suivantes :

  • Sensibiliser et promouvoir : informer et éduquer le public sur les enjeux de la transition énergétique, en mettant en avant le sujet de la chaleur
  • Faire émerger et sécuriser des projets de géothermie citoyenne : favoriser la naissance de nouveaux projets sur les territoires et les porter jusqu’à la création de Sociétés Locales de Projet dédiées, en réduisant les incertitudes techniques, économiques et sociales
  • Accompagner les habitants au changement de système énergétique : expliquer le fonctionnement du futur réseau de chaleur, les travaux nécessaires pour s’y raccorder, ainsi que les coûts et aides financières mobilisables
  • Diffuser les bonnes pratiques et essaimer : capitaliser sur les expériences des projets pour enrichir la base de connaissances et favoriser l’essaimage du modèle vers de nouveaux territoires

Pouvez-vous nous parler du projet soutenu par la Fondation Alpes Contrôles ?

© Roméo Boetzlé pour Strasbourg Eurométropole

Géobépine est le projet pilote de l’association. Il vise à la création d’une Société Locale de Projet citoyenne capable d’investir et d’exploiter un réseau de chaleur dans le quartier Doernel à Strasbourg. Ce quartier, situé sur une île urbaine, est aujourd’hui exclu des grands réseaux de chaleur. Il dispose d’une ressource géothermique abondante avec la nappe rhénane à quelques mètres de profondeur seulement. Il présente une mixité sociale et générationnelle ainsi qu’une diversité de types d’habitations et de systèmes de chauffage, ce qui y rend pertinent l’expérimentation d’un modèle énergétique adapté, reproductible et inclusif.

Le projet vise à alimenter jusqu’à 250 logements – dont plus de 50 logements sociaux – en chaleur et éventuellement en rafraichissement, avec une réduction potentielle de 80% de l’empreinte carbone des bâtiments raccordés.

Le projet vise quatre impacts majeurs :

  • Environnemental : réduction des émissions de gaz à effet de serre grâce à une énergie renouvelable, stable et locale
  • Économique : maîtrise durable du coût de la chaleur grâce à une ressource locale, protection des ménages contre la volatilité des prix de l’énergie, et contribution directe à la lutte contre la précarité énergétique. Le modèle citoyen permet de réinvestir la valeur créée dans le territoire plutôt que de la faire sortir du circuit local
  • Social : montée en compétence des habitants, implication dans la gouvernance et création d’un projet commun qui renforce la cohésion locale
  • Territorial : structuration d’une dynamique collective au sein de l’Eurométropole de Strasbourg, stimulation de la filière locale autour de la géothermie de surface et développement d’un modèle reproductible pour d’autres territoires.

En quoi ce projet est-il innovant ?

Bien qu’il existe déjà des coopératives d’énergies citoyennes, notamment pour le solaire un peu partout en France mais aussi pour de petits réseaux de chaleur au bois, en particulier en Auvergne-Rhône-Alpes, l’utilisation de la géothermie pour un réseau de chaleur citoyen serait une première en France.

Le projet Géobépine envisage aussi de fournir du rafraîchissement en plus de la chaleur, ce qui devient un enjeu de plus en plus important dans le cadre de l’adaptation au changement climatique. Contrairement à une climatisation classique, l’excès de chaleur capté est envoyé dans le sous-sol et participe directement à limiter les îlots de chaleur urbain en été.

Quelles difficultés avez-vous rencontrées ? Comment les avez-vous surmontées ?

La première difficulté a été d’oser se lancer dans un projet aussi ambitieux. La personne porteuse du projet a en tout premier lieu cherché à être accompagné dans son initiative. Elle a ainsi intégré un incubateur local dans l’ESS (Start’Up de Territoire) qui l’a formé et aidé à structurer l’initiative. En parallèle, elle a été à la rencontre de nombreux acteurs locaux et d’habitants, ce qui a abouti à la constitution d’un collectif matérialisée par la création de l’association Géothermie Citoyenne.

Le second enjeu est d’embarquer les habitants du quartier dans le changement de système énergétique, ce qui est un sujet très sensible pour les gens car il touche leur mode de vie « chez eux » et implique des travaux conséquents. Il semblait donc essentiel de pouvoir être accompagné par une expertise dans la mobilisation, la concertation, dans tout ce qui touche à l’« humain ». Cela requiert un financement non négligeable pour une jeune association. Tout comme le fait que le développement d’un tel projet ne peut reposer sur du seul bénévolat et nécessite la présence d’au moins un salarié chargé de projet.

La seconde difficulté a donc été de trouver des ressources financières pour l’association afin d’avoir les moyens – notamment humains – de mener à bien le projet. Pour cela des soutiens financiers ont été recherchés auprès d’institutions publiques (Ville de Strasbourg, Région Grand-Est, Fonds européens, ADEME) et privés, notamment la Fondation Alpes Contrôles. Nous sommes aujourd’hui ravis d’avoir sécurisé suffisamment de ressources financières pour lancer dès à présent une étude de préfaisabilité technico-économique et en septembre 2026 le recrutement d’un salarié ainsi qu’un accompagnement dédié en ingénierie humaine. Nous remercions chaleureusement la Fondation Alpes Contrôles pour avoir été l’un des premiers soutiens de notre projet !

Les défis restent très nombreux : mobiliser durablement les habitants, prendre collectivement des décisions techniques structurantes pour le futur réseau de chaleur, trouver le bon modèle juridique et économique pour la future société locale de projet, créer une gouvernance partagée robuste, lever les capitaux nécessaires pour l’investissement dans la création du réseau… mais nous sommes prêts à relever ces défis.

Quelle a été votre réaction lorsque vous avez appris que les collaborateurs d’Alpes Contrôles avaient élu votre projet comme leur « Coup de cœur » ? A quoi va servir la dotation supplémentaire ?

Ça a été une immense joie ! Cela veut dire que notre projet est pertinent, qu’il parle aux gens… C’est un immense gage de confiance et en même temps on se doit d’être à la hauteur. La dotation supplémentaire va renforcer nos moyens en matière de communication en vue de la mobilisation des habitants dans le projet.

Un dernier mot pour conclure ?

Un grand merci à la Fondation et aux collaborateurs d’Alpes Contrôles. Votre soutien nous donne encore plus d’énergie pour faire avancer une transition juste et inclusive !