Rencontre avec l’association Cochon Noir de Provence

Bouton, truie reproductrice
Publié le 13 juin 2025 - Mis à jour le 27 juin 2025

Objet des financements : embaucher une apprentie pour structurer la filière Cochon Noir de Provence
Montant du financement initial : 8 000 €
Montant de la dotation « Coup de Coeur » : 1 600 €

En mai 2025, la Fondation Alpes Contrôles s’est rendue à Artigues, au siège social de l’association « Cochon Noir de Provence » afin d’échanger sur l’évolution de leur projet de structuration d’une filière élevage bio et locale de porcs noirs en agroforesterie.

 

A cette occasion Clément Dufour, Délégué général de la Fondation a rencontré :
Frédéric Barral,
ancien dirigeant du groupe Loste Tradi France, aujourd’hui actionnaire de la Ferme du Vivant (ferme pilote et maternité collective de porcelets pour la filière), très investit dans le déploiement du projet
Gilles Cuellar membre fondateur de l’association et Président la Ferme du Vivant
Pauline Georges, en apprentissage au sein de l’association

Pouvez-vous nous présenter l’association Cochon noir de Provence ?

Frédéric : l’association a été créée il y a 4 ans avec l’idée de développer une filière bio de cochons noirs élevés en plein air en Provence, en s’appuyant sur l’expérience de Max Tortel, responsable de boucheries et éleveur de porcs noirs près d’Aix en Provence. Loste Tradi France a soutenu le projet avec le souhait de recréer du lien avec son territoire et renouer avec les activités d’origines de son entreprise, c’est-à-dire un porc bio élevé en plein air. Nous avons cherché des partenaires, comme T-RHEA, qui partagent la même ambition que nous. Aujourd’hui nous sommes 15 adhérents, dont 6 éleveurs, des industriels et une salariée, Pauline Georges. La Fondation Alpes Contrôles a fait partie des premiers partenaires à financer le lancement du projet dès 2021.

Pauline : Nous structurons une filière qui vise à répondre aux enjeux suivants : élever des cochons bio en plein air dans les meilleures conditions possibles de bien-être animal, en maitrisant les impacts environnementaux de la production, en permettant un revenu décent aux éleveurs, sans se tuer à la tâche et en produisant une viande de très grande qualité 100% locale. Au quotidien, nous accompagnons des éleveurs à l’installation, ce qui nécessite de concevoir des références technico-économiques propres au territoire, de trouver du foncier etc. et nous menons des activités de R&D pour assurer la performance de la filière. Par exemple, nous travaillons sur la génétique, l’adaptation du matériel au plein air, ou encore sur la question de la maitrise des coûts et de la relocalisation de l’alimentation des cochons.

Gilles
: Nous avons créé collectivement un cahier des charges, un socle commun qui garantit la qualité de l’élevage et du produit final. Toutes les parties prenantes de notre projet se retrouvent dedans. Notre mode de travail est collectif ; nous animons un GIEE, et nous travaillons avec de nombreux acteurs du territoire : lycées agricole, instituts techniques, les ADEARS, les éleveurs et les consommateurs.

Pouvez-vous nous parler du projet soutenu par la Fondation Alpes Contrôles ? Quels sont les premiers résultats ?

Frédéric : Vos soutiens ont contribué au financement du recrutement de Pauline. Elle nous aide à passer au stade supérieur avec un travail de recherche et développement et de quantification de données. Sa présence parmi nous nous permet de nous projeter à plus long terme.

Pauline : Parmi les premiers résultats, il y a le premier cahier des charges de la filière. Il concerne la production, c’est le socle commun des éleveurs, et il permet aussi d’accompagner au mieux les projets d’installation. Il est basé sur des tests réalisés sur la ferme pilote, la « Ferme du Vivant ». Nos normes sont parfois supérieures à celles du bio (par exemple : le nombre de porcs par hectare est moins important chez nous).

Nous avons aussi avancé sur le volet d’accompagnement des élevages de porcs en plein air en produisant des références technico-économiques (modélisation économique basée sur les éleveurs déjà installés, définition des conditions propices à la bonne installation, formats de commercialisation…). Nous travaillons également sur l’extension et le renforcement de notre réseau de partenaires, qu’il soit technique, financier ou institutionnel pour assurer le bon développement de la filière.

Gilles : Une fois que notre modèle d’organisation de filière, qui réunit plusieurs éleveurs au sein d’un même réseau, sera totalement abouti et validé, nous pourrons le dupliquer. C’est cette capacité à essaimer notre modèle qui fait notre force.

 

 

 

Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées ? Comment les avez-vous surmontées ?

 

Frédéric : Trouver du foncier est l’une des premières difficultés. C’est pourquoi nous travaillons en proximité avec les mairies, les personnalités privées et les institutions. Du côté financier, les financements des pouvoirs publics sont indispensables mais leur temps d’obtention peut être long. Il faut donc identifier d’autres sources financières complémentaires capables d’être perçues plus rapidement.

Gilles : L’un de nos objectifs est de baisser le coût des aliments pour les éleveurs (AB) qui s’installent puisqu’il représente aujourd’hui 60 à 70% des coûts. Nous souhaiterions passer de 600 € à 450 € la tonne d’aliments. Des alternatives existent. Nous travaillons par exemple sur la mise en place d’une fabrique d’aliments mutualisée, basée sur un approvisionnent local, ou encore sur la valorisation de co-produits locaux, comme la drêche de brasserie, pour faire baisser la part de matière première dans les rations tout en recyclant des produits du territoire. Ces projets demandent beaucoup de temps de travail et de financements, mais ils sont cruciaux pour assurer la pérennité économique des élevages et de la filière.

Pauline : Avec les coupes budgétaires dans le secteur de l’agriculture biologique, nous devons redoubler d’effort dans la recherche de financements. Cette mission prend du temps, or nous avons de nombreux tests à réaliser sur le terrain et nous dédions déjà beaucoup de temps à l’administratif.

Quelle a été votre réaction lorsque vous avez appris que les collaborateurs d’Alpes Contrôles avaient élu votre projet en tant que « Coup de cœur » ?
A quoi va servir la dotation supplémentaire ?

Frédéric : La nouvelle nous a fait extrêmement plaisir ! Savoir que des personnes dont le quotidien est éloigné de notre activité nous soutiennent nous a conforté dans notre démarche.

Gilles : Nous étions très fiers. Ce soutien permet de réinvestir dans l’avenir.

Pauline : Nous sommes fiers que notre projet parle à des gens en dehors de notre cercle. Et le soutien financier supplémentaire va nous permettre de compléter le financement de mon poste et d’envisager un emploi à plus long terme.

Un mot de conclusion ?

Frédéric : Nous construisons un nouveau modèle d’élevage qui répond à de nombreux enjeux environnementaux et sociaux : bien-être des animaux, revenus décents pour les éleveurs et entretien des forêts, ce qui n’est pas négligeable dans notre région où les risques de feu sont importants.

Gilles : Notre élevage donne une belle image du territoire. On sort du cliché du tourisme et on valorise la Provence par d’autres biais. Nous apportons aussi une autre vision de l’élevage porcin qui est souvent mal perçu à cause de certains industriels.

Pauline : Merci aux salariés d’Alpes Contrôles pour leur confiance !

 

Retrouvez la présentation de l’association >>> ici